jeudi 12 mars 2009

Transfert sur wordpress

Ce blog est à présent disponible sur un nouveau support appelé Latam Watch, accesible sur ce lien. Cette plateforme restera centrée sur mon domaine d'activité, l'agroindustrie, mais abordera également la thématique des matières premières dont l'Amérique du sud regorge... je vous y attends avec impatience.

vendredi 15 août 2008

La résilience appliquée au monde agricole

En économie, on définit la résilience comme la capacité qu’a une économie à surmonter rapidement les chocs et autres perturbations.

Si l’agriculture mondiale profite actuellement du supercycle des denrées agricoles, elle subie de plein fouet la hausse spectaculaire des intrants (carburant, engrais, alimentation animale). L’impact sur les coûts de production s’est fait sentir, et si jusqu’à présent les bons prix internationaux ont permis supporter ce fardeau, un renversement de conjoncture n’est pas à exclure (on assiste actuellement à un réajustement spectaculaire sur le soja et le maïs, alors que les intrants restent excessivement chers). Les agriculteurs ne sont pas forcément condamnés à rester spectateurs de cette volatilité.

Face aux défaillances d’un marché globalisé, l’approche locale présente des avantages de flexibilité et d’indépendance non négligeables. De par le monde, PME agricoles et grandes exploitations sont réceptives au concept d’autosuffisance.


BioFAA, un exemple argentin

En plus d’être soumis aux problématiques exposées ci-dessus, les agriculteurs argentins doivent faire face à une fiscalité forte et aux difficultés à s’approvisionner en carburant. Cette conjugaison de facteurs les oblige plus que jamais à se pencher sur des modèles d’agriculture alternative. Depuis quelques années, La Federacion Agraria Argentina, un important syndicat d’agriculteur a établit un partenariat avec l’université Technologique de Villa Maria et IMEGEN, une PME familiale de la Province Córdoba spécialisée dans la fabrication de presses à huile, afin d’offrir aux agriculteurs un projet d’un nouveau genre dénommé BioFAA.

Il s’agit de permettre aux PME agricoles ou aux coopératives de s’équiper d’une unité de production de biodiesel (presse à huile + unité de transesterification), qu’ils alimenteront avec une partie de leur production agricole. Le but de cette initiative est dés son origine défini comme stratégique : rendre les agriculteurs indépendants des fluctuations brutales de prix en leur permettant de produire eux-mêmes une partie des intrants qu’ils nécessitent, en l’occurrence le carburant pour leurs machines et les « pellets » de soja ou colza pour alimenter leur bétail. Les créateurs de BioFAA mettent le colza canola au centre du projet. Si en Europe la culture de la plante aux fleurs jaunes est très répandue, elle reste assez méconnue en Argentine. L’autre objectif de BioFAA est donc de faire la promotion de cette oléagineuse qui présente de nombreuses qualités.



Pourquoi le colza ?

Plus de 40% du grain de colza est constitué d’huile (17% seulement pour le soja), ce qui en fait une culture idéale pour la production de biodiesel. Les pellets issus de la production d’huile (sous-produit) peuvent se substituer aux farines de soja pour la nutrition animale. Leur contenu protéique est élevé et elles possèdent des Omégas 3. Ce « sous produit » de la fabrication du biodiesel peut donc permettre d’aller encore plus loin dans le processus d’ajout de valeur à la production primaire pour ceux qui possèdent du bétail. Ils atteignent ainsi l’autosuffisance sur un autre intrant stratégique, s’éloignant des fortes fluctuations de prix que connaissent la farine de soja ou le maïs d’ensilage.


Obstacles

Les industriels argentins du biodiesel, souvent liés aux grandes multinationales du commerce de grains, perçoivent ces développements d’un mauvais œil. Ce secteur naissant mais déjà très puissant destine pour le moment sa production à l’exportation. Mais le marché interne qui naitra en 2010 avec l’entrée en vigueur de la loi 26.093/06 sur les biocombustibles présente un potentiel intéressant puisqu’il sera imposé aux pétroliers de mélanger leurs hydrocarbures avec 5% de biocombustibles. Ces grands groupes sont donc hostile à l'émergence d'un réseau de petites unités BioFAA , qu'ils percoivent déjà comme un concurrent direct. Les représentants des industriels ont critiqué la qualité du biodiesel autoproduit avant même que la première unité BioFAA entre en phase productive. Ils pratiquent également un lobbying intense auprès des autorités nationales. En résulte des délais anormalement longs avant que les unités BioFAA soient habilitées par les instances.


BioFAA en chiffres

  • L’unité de production coûte près de 150.000 U$D.
  • Un hectare de colza permet de produire 500 L de biodiesel et 1200Kg de farine protéique.
  • On estime qu’en dédiant 10% de ses terres aux cultures énergétique comme le colza, un agriculteur peut s’auto-suffire en carburant
  • Coût du litre du biodesel produit : 1 U$D/L


Note :

Pour aller plus loin sur le concept de communauté résiliente, je recommande les travaux de John Robb, qui sur son blog Global Guerrillas publie régulièrement des articles à ce sujet.

jeudi 31 juillet 2008

Mieux comprendre le miracle brésilien

Pour mieux comprendre comment le Brésil est devenu un ilot de stabilité dans cette économie mondiale tourmentée, je conseils vivement la lecture de quelques articles sortis dernièrement dans les médias américains:
- Le NY Times revient sur le boom économique et la consolidation d'une classe moyenne, résultat direct des politiques sociales cohérentes et de l'accès au micro crédit pour les plus pauvres.
- Le Brésil semble être béni avec ses impressionnantes ressources naturelles et ses bas coûts de production. Mais il n'y a pas que cela. L'article de Newsweek décrit la lutte constante que mène le gouvernement brésilien pour contrer l'inflation. Il décrit aussi l'émergence d'un secteur privé compétitif et dynamique dans les secteurs aussi diversifiés que l'aéronautique, la brasserie ou l'inévitable industrie de l'éthanol.
- Une note publiée sur l'excellent blog Passport du magazine Foreign Policy revient justement sur cet éthanol brésilien, un biocarburant rentable reposant sur une approche régionale en adécuation avec les besoins du pays.

jeudi 24 juillet 2008

"Investissez dans l'Agrobusiness"


Article intéressant du journal des finances intitulé
"Investissez dans l'agrobusiness, de la culture aux biotechnologies". On y mentionne le tout récent lancement par le Crédit Agricole du CAAM Funds Global Agriculture, dont l'objectif n'est pas de spéculer sur les matières premières agricoles, mais de s'intéresser à l'ensemble de la filière, en investissant sur des sociétés intervenant dans des domaines aussi variés que la culture, l'élevage, les semences, les engrais, les équipements, l'irrigation ainsi que le transport et la biotechnologie.

vendredi 18 juillet 2008

Les 4 grands lobbies de l’éthanol s’unissent contre l’OPEP

Le président de l’OPEP Chakib Khelil a récemment accusé l’éthanol d’être responsable pour 40% de la hausse du prix du baril de brut. Il attribut le reste de cette hausse au dollar faible et à une géopolitique compliquée. La riposte ne s’est pas fait attendre. Les 4 lobbies des principaux pays prodcuteurs d’éthanol avec en tête le U.S. Renewable Fuels Association (Etats-Unis), Canadian Renewable Fuels Association (Canada), Association des producteurs de canne à sucre (Brésil) ainsi que l’Association européenne du bioéthanol (UE) se sont pour la première fois entendu pour contre-attaquer.

Dans une lettre publiée dans l’édition du 16 juillet du quotidien financier britannique Financial Time, ils ont qualifié le cartel des pays producteurs de pétrole de groupe « prêt à tout pour engranger plus de profit ». Selon eux, l’OPEC refuse la concurrence des énergies nouvelles. Une reproduction de la lettre est téléchargeable sur ce lien (click droit puis enregistrer sous).


Cette contre-attaque parfaitement orchestrée montre à quel point les producteurs d’éthanol ont compris l’importance de la maîtrise stratégique de l’information. Il est temps. D’abord présenté comme une solution miracle à l’addiction au pétrole, l’éthanol s’est vu accusé de tous les maux et est à présent associé à la crise alimentaire, la déforestation, et à bien d’autres problèmes. Les attaques se sont enchainées ces derniers mois avec notamment le discours du fonctionnaire de la FAO Jean Ziegler ainsi que celles ses responsables des grands groupes agroalimentaires (Nestlé, Kraft Foods, Kellogg), fatigués de payer leurs matières premières au prix fort. Les lobbies nationaux, bien organisés et influents sur leurs territoires respectifs, restaient impuissants face aux attaques provenant d’acteurs transnationaux (ONG, multinationales ou institutions internationales). L’union des forces permet à présent à ces organisations de répondre d’une même voix aux allégations.

Sources: Wall Street Journal, UNICA

jeudi 10 juillet 2008

Le Brésil affirme son statut de puissance agroénergétique

Le président brésilien Luiz Inacio Lula Da Silva a récemment annoncé que son gouvernement élèvera les crédits pour l’agriculture à U$D 50 milliards pour aider à lutter contre la crise alimentaire mondiale.

La déclaration d’intention est louable, mais le but de cette injection majeure de fonds dans ce secteur est avant tout de doter le Brésil d’une agriculture performante, capable de profiter au maximum du supercycle des commodities agricoles. Cette hausse des aides a pour ambition de faire augmenter la production annuelle de grains de 5% par rapport à l’an passé (143,2 millions de tonnes). En mai 2008, les exportations mensuelles de l’industrie agroalimentaire brésilienne ont battu un records en atteignant U$D 7,5 Milliards. Dans les classements des exportateurs d’aliments, ce pays arrive en première place pour la viande bovine, les poulets, le sucre, le café, et le jus d’orange. C’est aussi, après les Etats-Unis, le deuxième exportateur mondial de soja.

Les biocarburants sont pour le moment largement destinés au marché interne. La part de l’éthanol dans la matrice énergétique brésilienne est en constante augmentation (16% aujourd’hui), et pas uniquement dans le transport. Brasilia envisage d’alimenter les centrales thermiques avec les dérivés de la canne à sucre pour produire 24.000 Mégawatts d’ici 2015. Le développement des exportations n’est néanmoins pas écarté. Avec un prix de production de U$D 25c/Litre, l’éthanol brésilien est bien plus compétitif que son concurrent américain fabriqué à partir du maïs. Son rendement énergétique six fois supérieur. Le président Lula a pris la défense de son éthanol devant la série d’attaques informationnelles qu’il attribue au lobby du pétrole. L’objectif est à présent de rendre sa production irréprochable pour s’aligner sur les standards européens. Il reste encore fort à faire sur ce domaine. Les conditions de travail dans les plantations de canne à sucre sont souvent déplorables et les engagements pour protéger la forêt amazonienne en sont restés lettre morte.

Sources: Clarin, La Nacion

mercredi 2 juillet 2008

Pourquoi le prix des aliments va encore augmenter

  • Les importantes inondations dans le Midwest ne resteront pas sans conséquences sur les rendements lors de les prochaines récolte de soja et maïs aux Etats-Unis. Les répercutions seront mondiales.
  • Barack Obama, le grand favori de l’élection présidentielle américaine ne voit apparemment aucun problème à continuer à subventionner la production d’éthanol à partir du maïs. C’est toujours mieux selon lui que « d’acheter du pétrole à des dictatures ». Au-delà de cette préoccupation stratégique, il semblerait que plusieurs proches conseillers d'Obama soient très liés à l’industrie de l’éthanol. Pour un candidat qui avait promis de mettre de l'ordre dans les lobbies de Washington, c’est plutôt bien parti…
  • Le prix des intrants essentiels à la production de céréales et des oléagineux sont en augmentation constante. Les engrais phosphatés à plus de u$d1.200/Tonne, le baril a u$d 140 rendent les couts de production insupportable. Rappelons que les matières premières des engrais comme les roches phosphatées sont, à l’instar du pétrole, des ressources naturelles non-renouvelables. Les projections d’augmentation des prix sont alarmantes et laissent présager une réduction voir un abandon progressif de la fertilisation et des autres technologies.
  • On a souvent présenté les hedges funds comme principaux responsables de la spéculation sur les cours des commodities agricoles. L’action des fonds d’indexation n’a que peu souvent été mentionnée. Ils seraient aujourd’hui à la tête de plus de u$d 260 Milliards de positions sur les marchés de soft commodities (contre 13 Milliards en 2004). Le vrai danger réside dans la stratégie de ces fonds qui consiste à accumuler des positions sur la durée. Ce mode d’action dénommé « Buy and hold » contribue à créer une hausse artificielle des cours, en déconnectant le marché des fondements que sont l’offre et la demande.

Pour aller plus loin sur le thème, consultez l’excellente note publiée sur le site du think tank américain Council of Foreign Relations.
 

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